Qu'est-ce qu'une science ? Qu'est-ce que la connaissance ?
QU'EST-CE QU'UNE SCIENCE ??
« Un enseignement de la science qui n'apprend pas à penser n'est pas un enseignement de la science, c'est un enseignement de la soumission. » Evry Schatzman, « père » de l'astrophysique française, 1920-2010
La science a aujourd'hui pris une place considérable dans la société, elle est devenue ce que M. Serres appelle un fait social global : il y a peu de domaines de la société qui échappent à la science ou à la technologie (santé, atmosphère, industrie, alimentation, climat, environnement, travail, et jusqu'à nos comportements, y compris les plus intimes) ; inversement, il n'y a pas d' « endroit » de la science qui n'a pas d'impact sur la société. La science est même parfois (souvent) convoquée à tort et à travers, à des fins souvent partisanes (les « gènes » de la pédophilie, de la récidive en sont une illustration...) et est fréquemment utilisée pour le simple commerce. Bref innocentes ou pas, des dérives existent.
Comme nous allons reparler de science à plusieurs reprises au cours de l'année, il serait peut-être bon de définir exactement ce qu'est une science, d'en délimiter les contours, et peut-être, de briser certaines conceptions que l'on peut en avoir (au risque de casser des rêves ? de détruire de bien jolis mythes ?...). Pour définir ce qu'est une science et voir ce qui la distingue des pseudosciences et de l'utilisation abusive, il convient d'en rappeler très brièvement l'histoire, de l'antiquité grecque à nos jours. Puis nous verrons quelles en sont les fondements, les grands principes directeurs, et nous nous pencherons sur les divers courants philosophiques, ou scientifiques qui analysent et guident le fonctionnement de la science.
Enfin, à titre d'exercice (de résistance intellectuelle ?) nous verrons, à partir de quelques exemples choisis, des détournements plus ou moins innocents de la science.
I) Une très brève histoire de la Science
Les premières explications du monde, de ses mystères, ont été des explications mythiques, dont on retrouve la trace dans toutes les civilisations (explication de la création de l'univers, de la terre, de l'homme, des animaux et des plantes, des étoiles....). Ce sont des mythes fondateurs, c'est la théogonie d'Hésiode, c'est Homère qui nous narre l'intervention des dieux dans la vie des hommes...
Lorsque, pour quelques individus, les explications mythiques finirent par ne plus suffire, d'autres modes d'explication vont voir le jour. Ceci se passe vers le 6ème siècle avant notre ère.
Rq : il existe, en Mésopotamie, en Egypte...des calculs, des calendriers astronomiques basés sur l'observation, des remèdes, mais l'ensemble n'est pas encore formalisé et ne constitue qu'une proto-science, avant tout basée sur des applications concrètes et pratiques.
La Science (et le mode de raisonnement qui lui est lié) va naître en Grèce, peut-être en lien avec l'apparition de la démocratie (parce qu'il faut dans ce régime, convaincre de la justesse de son raisonnement, et parce qu'il faut former les citoyens à penser).
Plus que les résultats scientifiques obtenus (beaucoup ont évidemment été dépassés, mais pas tous) c'est surtout l'idée de science et de méthode scientifique qu'il faut en retenir, même si, à l'époque, les premiers savants apportent des explications ponctuelles (chaque phénomène a son explication propre) du monde, sans nécessairement chercher à former un tout cohérent. Science phénoménologique.
Aristote : La science est fondée sur des principes vrais (tirés de l'expérience, de nos sens, de notre perception du monde > empirisme, qui s'oppose à l'idéalisme de son maître : Platon) et qui permettent, à l'aide de règles logiques, de tirer un ensemble de conséquences aussi vraies que l'étaient les principe.
Pose les bases de la logique, qui sont toujours utilisées :
Principe de contradiction : il est impossible qu'à la fois quelque chose soit et ne soit pas (implicitement, il admet donc qu'il y a des choses qui existent et d'autres qui n'existent pas, donc il admet une réalité extérieure qui ne dépend pas de l'observateur).
En appelle à un langage catégorique car le langage peut être source d'erreurs.
S (sujet) [est, n'est pas...] P (prédicat) avec quantificateurs universels ou relatifs (tous, aucun, quelques...).
Une phrase de ce genre peut être vraie ou fausse (« le ciel » ce n'est ni vrai ni faux ; le ciel est bleu c'est vrai ou faux). Attention parfois il y a des pièges : « l'actuel roi de France est chauve » est fausse, mais son contraire aussi !! Mais la formulation est piégée dès le départ...
Comment, à partir d'une proposition catégorique, vraie comme correspondance au monde, tirer des propositions également vraies par la voie de la logique ?
Les syllogismes : Trois termes A (mineur), B (majeur) et M (moyen), dans trois propositions
Ex : tout A est M
Tout M est B
Donc tout A est B
Au moyen-âge : en gros, en occident, statu quo, sur des bases aristotéliciennes, et avec le dogme catholique. Peu de progrès des sciences, mais surtout éclipse de la pensée scientifique elle-même.
Science « moderne », apparaît modestement vers le 18ème siècle (et même début 20ème pour certains, à partir de la théorie de la relativité restreinte), mais précédée par des penseurs et des scientifiques majeurs (Descartes, Galilée, ...). Parmi les éléments marquants, citons : le recours de plus en plus important à la formalisation mathématique (et donc le développement de ces dernières, en tant que science à part entière), le recours systématique à la vérification expérimentale et à la modélisation
II) La Science « moderne » les grands contours et principes directeurs
La Science n'est pas aisée à définir ni à délimiter (ce qui explique d'ailleurs bien des abus).
Les grandes lignes définies ci-après, peuvent souffrir de certaines exceptions !!
Deux grands types de sciences (ou de discours scientifiques) peuvent être distingués :
1) Historiques : pas d'expérience possible, non reproductibles, preuve basée sur l'accumulation (consilience).
2) Nomologiques : basées sur l'expérience, corroboration, réfutation, observation, hypothèses... Anhistoricité des lois.
a) Tendance rationaliste : il existe un noyau dur de la sc, bien distinct des pseudosc, de la métaphysique...
b) Tendance sociologie et histoire des sc : L'historicité, l'idéologie, l'économie...interviennent, la sc est alors tributaire de l'histoire, des approximations, de l'indémontré.
2) tendance a) : les grands principes :
Objectivité et universalité : N'importe qui doit pouvoir accéder aux connaissances. Les circonstances de la découverte n'ont pas d'influence sur son contenu. Toute observation tout résultat ne doit pas dépendre de l'observateur ni de l'expérimentateur. Critère de reproductibilité et de corroboration à distance. On met les idéologies, les choix religieux...au placard.
Réalisme de principe : Il existe un monde matériel accessible à notre connaissance et indépendant de ma perception. Il est le même pour tout le monde (rejoint l'objectivité et universalité).
Matérialisme méthodologique : Tout ce que la sc appréhende du réel ce c'est de la matière ou des propriétés de la matière. Pas d'appel à une transcendance quelconque, et appel à l'expérience.
Scepticisme initial : Démarche critique (ne pas se contenter d'a priori) et demande de preuve, d'arguments. Ne doit cependant pas aboutir au solipsisme ni au nihilisme !!! On adopte donc des concventions
Progrès et cumul du savoir : en particulier lié aux progrès des techniques (découverte cellules liée au développement des microscopes), mais non indépendant des variations socioéconomiques, idéologiques. Exemple : darwinisme, idée qui « traînait » et qui a été finalement acceptée dans une Angleterre victorienne où la notion de progrès, de compétition était très en vogue.
Rigueur de la démarche et rationalité : observation attentive et répétée ; cohérence interne / logique ; correspondance entre théorie et faits ; pas d'explication « ad hoc » + principe de causalité (toute cause précède chronologiquement les effets, mais selon Hume, cela peut entraîner des erreurs car c'est un principe inductif) ; induction / déduction / réfutabilité , actualisme ; parcimonie (rasoir d'Okkham) ...
Ne pas confondre cadre perso (idéologie, métaphysique, conceptions, valeurs) et cadre collectif (sociopolitique et épistémologique).
Ne pas confondre faits et valeurs (la science est amorale, mais il existe un contrôle social) : on ne rabaisse pas l'homme en disant que c'est un animal.
Le théorème de Phytagore est-il moral ?
III) Comment faire de la Science ? : les principales théories sur le fonctionnement de la science
· Inductivisme (basé sur l'empirisme) : Tout part de notre expérience. Le monde se dévoile à nous, il suffit de le lire correctement. La totalité de nos connaissances a pour origine nos expériences personnelles. L'induction c'est tirer des lois générales d'occurrences particulières. Chaque nouvelle obs vérifie la théorie.
Ex : je vois des cygnes blancs, j'en déduis que tous le sont. C'est ce que fait S. Holmes, qui fait donc de l'induction et non de la déduction.
Pb : fiabilité des observations (illusions d'optique, souvenirs visuels trompeurs), intervention des a priori, caractère généralisable ?
· Bachelard et les obstacles épistémologiques : En abordant la connaissance, l'esprit n'est pas neuf (il est vieux de ses préjugés). Il faut dépasser l'expérience première pour pouvoir avancer. « Penser c'est trop souvent, chez l'homme cultivé, ruminer sa propre culture ». Exemple : le soleil se lève... Le passage du sens commun à la pensée rationnelle n'est pas un processus spontané, mais ne peut se faire qu'après avoir surmonté des obstacles et remis en cause des fausses évidences. Toute connaissance est alors une réponse à une question (rien ne va de soi...). Les obstacles sont variés et fonctionnent en réseau (langage, analogies abusives, expérience première, tautologie, naturalisme, anthropocentrisme, artificialisme...)
· Falsificationisme : (Popper) : il est préférable de chercher à débusquer l'erreur que de démontrer une vérité (c'est plus facile car un seul contre-exemple suffit). Critère de réfutation pour déterminer ce qui est scientifique et ce qui ne l'est pas (exemple, pseudosc, psychanalyse...). Si les observations empiriques ne permettent pas d'affirmer qu'une théorie est vraie, elles peuvent montrer qu'elle est fausse (mais est-on sûr du résultat d'une exp ? ne tombe-t-on pas dans l'inductivisme ??). Le progrès sc ne consiste pas en l'accumulation d'observations, mais en l'élimination des théories les moins satisfaisantes au profit d'autres plus satisfaisantes. On doit finalement tenir davantage compte du degré de cohérence d'une théorie que du fait qu'elle soit ou non prouvée de manière définitive : toute théorie est alors incomplète, mais satisfaisante (pour un temps au moins).
· Les révolutions sc : (Kuhn) la sc ne progresse pas par lente accumulation de connaissances et élimination au fur et à mesure des hypothèses réfutées. Des anomalies s'accumulent au sein ou à la marge d'une théorie, et posent pb de manière plus ou moins aigue. Elles sont souvent niées ou « oubliées ». La théorie en place est un paradigme (épistémé de Foucault) qui comprend les théories, les applications et les moyens techniques et intellectuels de vérification. Lorsque les contradictions s'accumulent, ou ne peuvent plus être niées, et lorsque le contexte le permet, et si une autre théorie est présente, qui explique ce qu'expliquait la théorie précédente et explique également ce que la précédente n'expliquait pas, il se produit une révolution, c'est-à-dire un changement de paradigme. Les résistances à l'abandon de l'ancien paradigme sont importantes (poids des savants en place par exemple, des habitudes de pensée, peur de voir le monde et son explication s'écrouler...) mais finissent par céder brutalement : c'est une révolution scientifique, et un nouveau paradigme va alors se mettre en place (et à nouveau faire obstacle à l'émergence de nouvelles théories). Entre deux révolutions : science normale, on résoud des énigmes dans le cadre du paradigme.
· Méthode hypothéticodéductive : (méthode bernardienne). On part d'hypothèses, voire de présupposés, et on cherche à les corroborer par des expériences. On part donc de la théorie pour descendre vers la pratique. Ce n'est pas ce que fait S. Holmes. Rôle de l'ignorance savante : la sc et les connaissances acquises font se poser de nouvelles questions et apparaître de nouveaux problèmes, et c'est la mise en œuvre de leur résolution qui assure le progrès de la sc (qui fait svt preuve de trop de certitudes).
Rq : méthode hypothéticodéductive + falsificationnisme = méthode globalt à l'œuvre actuellement
· Les programmes de recherche : (Lakatos) lorsqu'une théorie apparaît, elle contient souvent des contradictions, des ambiguïtés et elle peut (et doit) être améliorée. L'unité d'appréciation est alors non une théorie, mais une succession de théories, cad un programme de recherches. Un programme ne doit pas être jugé en tant que tel, mais dans son histoire et en le comparant avec des programmes rivaux. Un programme progresse lorsqu'il continue à prévoir avec succès des faits nouveaux ; il stagne sinon et peut alors dégénérer si il ne fait que réaffirmer des positions anciennes. Si tel est le cas, il sera abandonné au profit d'un programme rival plus apte au progrès. · Pragmatisme (utilitarisme) : la valeur d'une idée, d'une théorie, tient à son rôle (son efficacité) dans le futur, à ses applications possibles, aux pbs qu'elle permet de résoudre (assez darwininen).
· Constructivisme (plus ou moins radical) : S.J. Gould « les faits ne sont pas des éléments d'info purs et sans tache, la culture influe sur ce que nous voyons et la façon dont nous voyons les choses ». Notre vision du monde et les explications que nous en avons sont entièrement construits par nos sens, et c'est donc totalement subjectif. Notre vision du monde a priori, l'idée que nous nous en faisons, détermine les observations que nous faisons et les interprétations que nous en tirons. Nous plaquons nos choix idéologiques, philosophiques, notre histoire culturelle... sur ce que nos sens nous indiquent du monde. Il y a un fort impact (parfois nié ou méconnu) des préjugés, des mythes, des représentations sociales (exemple dans la définition de l'homme, bipédie, outils, culture...beh non, en fait toute définition vise à exclure une partie de l'humanité !!). Exemples : prophéties autoréalisatrices (individu sûr d'être méprisé, cours de la bourse) ou expériences « dirigées ».
Kant : distingue le phénomène (ce que l'on perçoit, la représentation de la chose que nous faisons de manière subjective) et le noumène (la chose en soi, inaccessible à nos capacités de connaissance).
Il existe tt un ensemble de connaissances qui sont sans aucun rapport avec l'expérience, et qui sont donc intégralement construites (racine de 2, pi,...).
L'organisme arrive au monde avec, dans son entendement, des facultés déjà construites : mémoire, volonté, attention, perception ; puis par de multiples essais et erreurs, il établit le système de connaissances le mieux à même de lui convenir, un système en adéquation avec son mode de vie, son environnement, et surtout, qui alimente ses propres croyances.
Si les objets d'étude de la sc sont socialement construits, l'activité scientifique est plutôt un système de croyances et de pratiques qu'un discours sur le monde.
· Théorie anarchiste (dadaïste) de la connaissance : (P. Feyerabend) En sc, tout est bon, et les règles méthodo que se donne la sc ne sont pas tjs respectées, loin de là (ex : Gallilèe et Copernic, contradictions au niveau théorique et expé, et pourtant, Gallilèe insiste -et il a bien raison !!). On peut développer, en sc, un contre-inductivisme qui peut être fructueux (émission de théories pas nécessairement en accord avec les faits), et il faut aussi laisser la place aux mythes, aux connaissances invalidées (réfutées)....qui peuvent apporter des choses intéressantes (exemple médecine chinoise qui reprend des couleurs après la révolution chinoise et qui apporte des éléments de connaissance à la médecine plus conventionnelle, scientifique). La science n'est qu'un discours sur le monde comme un autre, elle n'a pas a imposer ses règles, et les vérités scientifiques pourraient être prise par vote (Mouais.... Quoique, retour au cygne sur son île déserte).
IV) Détournements, abus de la sc
Tout homme est mortel (généralisation abusive !!)
« Un enseignement de la science qui n'apprend pas à penser n'est pas un enseignement de la science, c'est un enseignement de la soumission. » Evry Schatzman, « père » de l'astrophysique française, 1920-2010
La science a aujourd'hui pris une place considérable dans la société, elle est devenue ce que M. Serres appelle un fait social global : il y a peu de domaines de la société qui échappent à la science ou à la technologie (santé, atmosphère, industrie, alimentation, climat, environnement, travail, et jusqu'à nos comportements, y compris les plus intimes) ; inversement, il n'y a pas d' « endroit » de la science qui n'a pas d'impact sur la société. La science est même parfois (souvent) convoquée à tort et à travers, à des fins souvent partisanes (les « gènes » de la pédophilie, de la récidive en sont une illustration...) et est fréquemment utilisée pour le simple commerce. Bref innocentes ou pas, des dérives existent.
Comme nous allons reparler de science à plusieurs reprises au cours de l'année, il serait peut-être bon de définir exactement ce qu'est une science, d'en délimiter les contours, et peut-être, de briser certaines conceptions que l'on peut en avoir (au risque de casser des rêves ? de détruire de bien jolis mythes ?...). Pour définir ce qu'est une science et voir ce qui la distingue des pseudosciences et de l'utilisation abusive, il convient d'en rappeler très brièvement l'histoire, de l'antiquité grecque à nos jours. Puis nous verrons quelles en sont les fondements, les grands principes directeurs, et nous nous pencherons sur les divers courants philosophiques, ou scientifiques qui analysent et guident le fonctionnement de la science.
Enfin, à titre d'exercice (de résistance intellectuelle ?) nous verrons, à partir de quelques exemples choisis, des détournements plus ou moins innocents de la science.
I) Une très brève histoire de la Science
Les premières explications du monde, de ses mystères, ont été des explications mythiques, dont on retrouve la trace dans toutes les civilisations (explication de la création de l'univers, de la terre, de l'homme, des animaux et des plantes, des étoiles....). Ce sont des mythes fondateurs, c'est la théogonie d'Hésiode, c'est Homère qui nous narre l'intervention des dieux dans la vie des hommes...
Lorsque, pour quelques individus, les explications mythiques finirent par ne plus suffire, d'autres modes d'explication vont voir le jour. Ceci se passe vers le 6ème siècle avant notre ère.
Rq : il existe, en Mésopotamie, en Egypte...des calculs, des calendriers astronomiques basés sur l'observation, des remèdes, mais l'ensemble n'est pas encore formalisé et ne constitue qu'une proto-science, avant tout basée sur des applications concrètes et pratiques.
La Science (et le mode de raisonnement qui lui est lié) va naître en Grèce, peut-être en lien avec l'apparition de la démocratie (parce qu'il faut dans ce régime, convaincre de la justesse de son raisonnement, et parce qu'il faut former les citoyens à penser).
Plus que les résultats scientifiques obtenus (beaucoup ont évidemment été dépassés, mais pas tous) c'est surtout l'idée de science et de méthode scientifique qu'il faut en retenir, même si, à l'époque, les premiers savants apportent des explications ponctuelles (chaque phénomène a son explication propre) du monde, sans nécessairement chercher à former un tout cohérent. Science phénoménologique.
Aristote : La science est fondée sur des principes vrais (tirés de l'expérience, de nos sens, de notre perception du monde > empirisme, qui s'oppose à l'idéalisme de son maître : Platon) et qui permettent, à l'aide de règles logiques, de tirer un ensemble de conséquences aussi vraies que l'étaient les principe.
Pose les bases de la logique, qui sont toujours utilisées :
Principe de contradiction : il est impossible qu'à la fois quelque chose soit et ne soit pas (implicitement, il admet donc qu'il y a des choses qui existent et d'autres qui n'existent pas, donc il admet une réalité extérieure qui ne dépend pas de l'observateur).
En appelle à un langage catégorique car le langage peut être source d'erreurs.
S (sujet) [est, n'est pas...] P (prédicat) avec quantificateurs universels ou relatifs (tous, aucun, quelques...).
Une phrase de ce genre peut être vraie ou fausse (« le ciel » ce n'est ni vrai ni faux ; le ciel est bleu c'est vrai ou faux). Attention parfois il y a des pièges : « l'actuel roi de France est chauve » est fausse, mais son contraire aussi !! Mais la formulation est piégée dès le départ...
Comment, à partir d'une proposition catégorique, vraie comme correspondance au monde, tirer des propositions également vraies par la voie de la logique ?
Les syllogismes : Trois termes A (mineur), B (majeur) et M (moyen), dans trois propositions
Ex : tout A est M
Tout M est B
Donc tout A est B
Au moyen-âge : en gros, en occident, statu quo, sur des bases aristotéliciennes, et avec le dogme catholique. Peu de progrès des sciences, mais surtout éclipse de la pensée scientifique elle-même.
Science « moderne », apparaît modestement vers le 18ème siècle (et même début 20ème pour certains, à partir de la théorie de la relativité restreinte), mais précédée par des penseurs et des scientifiques majeurs (Descartes, Galilée, ...). Parmi les éléments marquants, citons : le recours de plus en plus important à la formalisation mathématique (et donc le développement de ces dernières, en tant que science à part entière), le recours systématique à la vérification expérimentale et à la modélisation
II) La Science « moderne » les grands contours et principes directeurs
La Science n'est pas aisée à définir ni à délimiter (ce qui explique d'ailleurs bien des abus).
Les grandes lignes définies ci-après, peuvent souffrir de certaines exceptions !!
Deux grands types de sciences (ou de discours scientifiques) peuvent être distingués :
1) Historiques : pas d'expérience possible, non reproductibles, preuve basée sur l'accumulation (consilience).
2) Nomologiques : basées sur l'expérience, corroboration, réfutation, observation, hypothèses... Anhistoricité des lois.
a) Tendance rationaliste : il existe un noyau dur de la sc, bien distinct des pseudosc, de la métaphysique...
b) Tendance sociologie et histoire des sc : L'historicité, l'idéologie, l'économie...interviennent, la sc est alors tributaire de l'histoire, des approximations, de l'indémontré.
2) tendance a) : les grands principes :
Objectivité et universalité : N'importe qui doit pouvoir accéder aux connaissances. Les circonstances de la découverte n'ont pas d'influence sur son contenu. Toute observation tout résultat ne doit pas dépendre de l'observateur ni de l'expérimentateur. Critère de reproductibilité et de corroboration à distance. On met les idéologies, les choix religieux...au placard.
Réalisme de principe : Il existe un monde matériel accessible à notre connaissance et indépendant de ma perception. Il est le même pour tout le monde (rejoint l'objectivité et universalité).
Matérialisme méthodologique : Tout ce que la sc appréhende du réel ce c'est de la matière ou des propriétés de la matière. Pas d'appel à une transcendance quelconque, et appel à l'expérience.
Scepticisme initial : Démarche critique (ne pas se contenter d'a priori) et demande de preuve, d'arguments. Ne doit cependant pas aboutir au solipsisme ni au nihilisme !!! On adopte donc des concventions
Progrès et cumul du savoir : en particulier lié aux progrès des techniques (découverte cellules liée au développement des microscopes), mais non indépendant des variations socioéconomiques, idéologiques. Exemple : darwinisme, idée qui « traînait » et qui a été finalement acceptée dans une Angleterre victorienne où la notion de progrès, de compétition était très en vogue.
Rigueur de la démarche et rationalité : observation attentive et répétée ; cohérence interne / logique ; correspondance entre théorie et faits ; pas d'explication « ad hoc » + principe de causalité (toute cause précède chronologiquement les effets, mais selon Hume, cela peut entraîner des erreurs car c'est un principe inductif) ; induction / déduction / réfutabilité , actualisme ; parcimonie (rasoir d'Okkham) ...
Ne pas confondre cadre perso (idéologie, métaphysique, conceptions, valeurs) et cadre collectif (sociopolitique et épistémologique).
Ne pas confondre faits et valeurs (la science est amorale, mais il existe un contrôle social) : on ne rabaisse pas l'homme en disant que c'est un animal.
Le théorème de Phytagore est-il moral ?
III) Comment faire de la Science ? : les principales théories sur le fonctionnement de la science
· Inductivisme (basé sur l'empirisme) : Tout part de notre expérience. Le monde se dévoile à nous, il suffit de le lire correctement. La totalité de nos connaissances a pour origine nos expériences personnelles. L'induction c'est tirer des lois générales d'occurrences particulières. Chaque nouvelle obs vérifie la théorie.
Ex : je vois des cygnes blancs, j'en déduis que tous le sont. C'est ce que fait S. Holmes, qui fait donc de l'induction et non de la déduction.
Pb : fiabilité des observations (illusions d'optique, souvenirs visuels trompeurs), intervention des a priori, caractère généralisable ?
· Bachelard et les obstacles épistémologiques : En abordant la connaissance, l'esprit n'est pas neuf (il est vieux de ses préjugés). Il faut dépasser l'expérience première pour pouvoir avancer. « Penser c'est trop souvent, chez l'homme cultivé, ruminer sa propre culture ». Exemple : le soleil se lève... Le passage du sens commun à la pensée rationnelle n'est pas un processus spontané, mais ne peut se faire qu'après avoir surmonté des obstacles et remis en cause des fausses évidences. Toute connaissance est alors une réponse à une question (rien ne va de soi...). Les obstacles sont variés et fonctionnent en réseau (langage, analogies abusives, expérience première, tautologie, naturalisme, anthropocentrisme, artificialisme...)
· Falsificationisme : (Popper) : il est préférable de chercher à débusquer l'erreur que de démontrer une vérité (c'est plus facile car un seul contre-exemple suffit). Critère de réfutation pour déterminer ce qui est scientifique et ce qui ne l'est pas (exemple, pseudosc, psychanalyse...). Si les observations empiriques ne permettent pas d'affirmer qu'une théorie est vraie, elles peuvent montrer qu'elle est fausse (mais est-on sûr du résultat d'une exp ? ne tombe-t-on pas dans l'inductivisme ??). Le progrès sc ne consiste pas en l'accumulation d'observations, mais en l'élimination des théories les moins satisfaisantes au profit d'autres plus satisfaisantes. On doit finalement tenir davantage compte du degré de cohérence d'une théorie que du fait qu'elle soit ou non prouvée de manière définitive : toute théorie est alors incomplète, mais satisfaisante (pour un temps au moins).
· Les révolutions sc : (Kuhn) la sc ne progresse pas par lente accumulation de connaissances et élimination au fur et à mesure des hypothèses réfutées. Des anomalies s'accumulent au sein ou à la marge d'une théorie, et posent pb de manière plus ou moins aigue. Elles sont souvent niées ou « oubliées ». La théorie en place est un paradigme (épistémé de Foucault) qui comprend les théories, les applications et les moyens techniques et intellectuels de vérification. Lorsque les contradictions s'accumulent, ou ne peuvent plus être niées, et lorsque le contexte le permet, et si une autre théorie est présente, qui explique ce qu'expliquait la théorie précédente et explique également ce que la précédente n'expliquait pas, il se produit une révolution, c'est-à-dire un changement de paradigme. Les résistances à l'abandon de l'ancien paradigme sont importantes (poids des savants en place par exemple, des habitudes de pensée, peur de voir le monde et son explication s'écrouler...) mais finissent par céder brutalement : c'est une révolution scientifique, et un nouveau paradigme va alors se mettre en place (et à nouveau faire obstacle à l'émergence de nouvelles théories). Entre deux révolutions : science normale, on résoud des énigmes dans le cadre du paradigme.
· Méthode hypothéticodéductive : (méthode bernardienne). On part d'hypothèses, voire de présupposés, et on cherche à les corroborer par des expériences. On part donc de la théorie pour descendre vers la pratique. Ce n'est pas ce que fait S. Holmes. Rôle de l'ignorance savante : la sc et les connaissances acquises font se poser de nouvelles questions et apparaître de nouveaux problèmes, et c'est la mise en œuvre de leur résolution qui assure le progrès de la sc (qui fait svt preuve de trop de certitudes).
Rq : méthode hypothéticodéductive + falsificationnisme = méthode globalt à l'œuvre actuellement
· Les programmes de recherche : (Lakatos) lorsqu'une théorie apparaît, elle contient souvent des contradictions, des ambiguïtés et elle peut (et doit) être améliorée. L'unité d'appréciation est alors non une théorie, mais une succession de théories, cad un programme de recherches. Un programme ne doit pas être jugé en tant que tel, mais dans son histoire et en le comparant avec des programmes rivaux. Un programme progresse lorsqu'il continue à prévoir avec succès des faits nouveaux ; il stagne sinon et peut alors dégénérer si il ne fait que réaffirmer des positions anciennes. Si tel est le cas, il sera abandonné au profit d'un programme rival plus apte au progrès. · Pragmatisme (utilitarisme) : la valeur d'une idée, d'une théorie, tient à son rôle (son efficacité) dans le futur, à ses applications possibles, aux pbs qu'elle permet de résoudre (assez darwininen).
· Constructivisme (plus ou moins radical) : S.J. Gould « les faits ne sont pas des éléments d'info purs et sans tache, la culture influe sur ce que nous voyons et la façon dont nous voyons les choses ». Notre vision du monde et les explications que nous en avons sont entièrement construits par nos sens, et c'est donc totalement subjectif. Notre vision du monde a priori, l'idée que nous nous en faisons, détermine les observations que nous faisons et les interprétations que nous en tirons. Nous plaquons nos choix idéologiques, philosophiques, notre histoire culturelle... sur ce que nos sens nous indiquent du monde. Il y a un fort impact (parfois nié ou méconnu) des préjugés, des mythes, des représentations sociales (exemple dans la définition de l'homme, bipédie, outils, culture...beh non, en fait toute définition vise à exclure une partie de l'humanité !!). Exemples : prophéties autoréalisatrices (individu sûr d'être méprisé, cours de la bourse) ou expériences « dirigées ».
Kant : distingue le phénomène (ce que l'on perçoit, la représentation de la chose que nous faisons de manière subjective) et le noumène (la chose en soi, inaccessible à nos capacités de connaissance).
Il existe tt un ensemble de connaissances qui sont sans aucun rapport avec l'expérience, et qui sont donc intégralement construites (racine de 2, pi,...).
L'organisme arrive au monde avec, dans son entendement, des facultés déjà construites : mémoire, volonté, attention, perception ; puis par de multiples essais et erreurs, il établit le système de connaissances le mieux à même de lui convenir, un système en adéquation avec son mode de vie, son environnement, et surtout, qui alimente ses propres croyances.
Si les objets d'étude de la sc sont socialement construits, l'activité scientifique est plutôt un système de croyances et de pratiques qu'un discours sur le monde.
· Théorie anarchiste (dadaïste) de la connaissance : (P. Feyerabend) En sc, tout est bon, et les règles méthodo que se donne la sc ne sont pas tjs respectées, loin de là (ex : Gallilèe et Copernic, contradictions au niveau théorique et expé, et pourtant, Gallilèe insiste -et il a bien raison !!). On peut développer, en sc, un contre-inductivisme qui peut être fructueux (émission de théories pas nécessairement en accord avec les faits), et il faut aussi laisser la place aux mythes, aux connaissances invalidées (réfutées)....qui peuvent apporter des choses intéressantes (exemple médecine chinoise qui reprend des couleurs après la révolution chinoise et qui apporte des éléments de connaissance à la médecine plus conventionnelle, scientifique). La science n'est qu'un discours sur le monde comme un autre, elle n'a pas a imposer ses règles, et les vérités scientifiques pourraient être prise par vote (Mouais.... Quoique, retour au cygne sur son île déserte).
IV) Détournements, abus de la sc
- Faux syllogisme : ex Socrate est mortel
Tout homme est mortel (généralisation abusive !!)
- Appel abusif aux représentations mathématiques (l'une des caractéristiques de la sc moderne est son formalisme math, et on connait le poids des math dans l'enseignement !!) : graphique corsaires, pub évian !
- Appel abusif à l'image de la sc (homme svt, à l'air sérieux et fiable, raisonnable...) : pubs !
- Appel abusif aux stats (tjs aspect mathématique...) : par exemple, dans le cadre du créationnisme : proba de construire un œil à partir de rien = 0 (ce qui est vrai !!, mais on occulte le fait que ça ne s'est pas passé comme ça !!) ; proba d'être réunis dans la salle = 0 il y a 30 ans !!
- Inversion de la causalité : ex : position de la terre dans le système solaire, et apparition de la vie (avec finalisme).
- Dogmatisme (voire cryptodogmatisme) : Recherche unique de faits en accords avec une théorie, et non élaboration d'une théorie à partir d'hypothèses vérifiées ou non (dessin, exemple avec homme = créature aquatique ?).
- Argument d'autorité (ex C. Allègre et les OGM !!...)
- Etc...

